Echanger avec Soheyl Jaoudat c’est comme ouvrir un livre que l’on aimerait ne jamais refermer. L’international franco-marocain aux 10 sélections nationales est d’emblée attachant et, du haut de ses bientôt 24 ans, il semble avoir déjà vécu mille et une vie.

Son ouverture sur le monde et les autres cultures lui ont probablement permis de se montrer plus fort que la terrible blessure qu’il a subie, il y a trois ans. Lorsque l’on croise son mètre78 lesté de 77 kg d’énergie positive et d’hyperactivité, on ne se dit pas que celui-là a le profil type du rugbyman. Pourtant, comme les Gaulois de Vercingétorix, il puise son énergie des puys d’Auvergne et du plateau de Gergovie qui l’ont vu grandir. C’est à l’ASM, à l’âge de 12 ans, qu’il commence à faire chanter l’ogive. Il restera 10 ans dans ce club et son cœur battra, pour l’éternité, au diapason de la « Yellow Army ». C’est lors d’un match international avec le Maroc, contre le Zimbabwe, qu’il se blesse très sévèrement à la tête. Alors qu’on le croit perdu pour le rugby, après trois mois d’une lourde convalescence, il finit par s’exiler aux Etats-Unis, rejoint Alain Hyardet et participe avec le club d’Austin à la Major League Rugby. A la tête d’un master1, il a su se construire tant physiquement que mentalement et intellectuellement et devrait brillamment décrocher prochainement un master 2 après avoir défendu un mémoire dont le sujet n’est autre que « la communication d’un club influe-t-elle sur les résultats de son équipe ? ». Passionné de musique, le Franco-Marocain forge sa soif d’apprendre de sa double culture. Nous l’avons rencontré alors qu’il venait de signer le bail de l’appartement qu’il occupera, dès le 2 août, à Montauban.

Quel parcours vous a amené d’Austin au Texas vers le CAC ?

Soheyl Jaoudat: Les Etats-Unis m’ont permis de me relancer après ma blessure. Mais, au bout d’une saison, ma famille me manquait et j’ai eu besoin de revenir en France même si même si mon ouverture sur les autres cultures me rend à l’aise dans tous les environnements. Et puis, je voulais continuer mes études car je pense que, même si le rugby est au centre de ma vie, je ne peux pas me construire pleinement sans m’ouvrir sur d’autres sphères. Au retour des Etats-Unis, je suis d’abord arrivé à Beaune car mon camarade de sélection, Karim Qadiri, jouait là-bas. Mais, je n’y ai pas trouvé la dimension humaine que je cherchais. Et puis, il y a eu cette phase de confinement qui a peut être accéléré les choses. Le projet du CAC m’a rapidement séduit. Il faut dire que quand Mouss Garioub m’a appelé, nos origines communes ont fait que cela a vite matché. Pour le club, vivre la première saison de son histoire en Fédérale 1, c‘est un vrai et beau challenge. J’ai visité les installations le 3 juillet. J’ai trouvé le stade magnifique et, en quelques rencontres, j’ai retrouvé cette dimension humaine que je recherche. Alors je me suis dit « c’est ici que je veux retrouver le goût de manier le ballon et de prendre plaisir en jouant ».

Comment avez-vous vécu le confinement ?

SJ : Dès que l’on a su que la saison était arrêtée, je me suis empressé de rejoindre ma mère sur Clermont. Là, j’avais la chance de disposer d’une salle de musculation à la maison et d’un stade à quelques mètres. Cela m’a permis de continuer à m’entrainer car j’ai vraiment besoin de mes heures de sport quotidiennes pour passer une bonne journée. Depuis le début du confinement jusqu’au début juillet, je me suis mis en mode triathlète et cela m’a permis de ne pas trop mal le vivre.

Vous arriverez réellement début août dans la région. Avez-vous tout de même pu vous entrainer avec le groupe ?

SJ : Oui, lorsque je suis venu début juillet, et ça a été un vrai bonheur car nous avons pu refaire un peu de contact. En plus, à titre personnel, j’ai pu voir les autres joueurs ce qui m’a permis de commencer à comprendre les codes. Le groupe est jeune et j’adore ça car je me retrouve avec beaucoup de joueurs qui ont le même âge que moi. J’ai vraiment hâte d’être au 3 août pour la grande reprise, pour retrouver le groupe, puis de jouer avec eux le premier match de préparation le 22 août à Langon. J’ai hâte aussi de commencer dans ce beau stade Alary et de défendre les couleurs « Rouge et Blanche » avec le soutien des supporters.

(Extrait de La Dépêche du Midi du 17 août 2020)

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